Vie quotidienne

Rites funéraires au Paléolithique

Les rites funéraires apparaissent au Paléolithique moyen avec les premières sépultures intentionnelles attestées de Néandertaliens et de premiers Homo sapiens. Le Paléolithique supérieur livre des sépultures plus complexes, parfois richement parées, dont Sungir (Russie, ~ 34–30 ka cal) reste l'exemple le plus éloquent. L'intentionnalité de certaines sépultures néandertaliennes a été contestée mais reste majoritairement reconnue.

Premières sépultures intentionnelles

L'identification d'une sépulture intentionnelle repose sur plusieurs critères convergents :

  • Présence d'une fosse anthropique (creusement délibéré).
  • Position du corps contrainte (souvent en position fœtale, sur le côté).
  • Connexion anatomique du squelette (corps protégé de la dispersion par charognards).
  • Mobilier funéraire ou éléments associés (ocre, outils, parures).
  • Contexte stratigraphique cohérent.

Sépultures néandertaliennes

Plusieurs sites néandertaliens livrent des sépultures intentionnelles probables ou attestées :

  • La Ferrassie (Dordogne) — sept squelettes, dont La Ferrassie 1 (homme adulte) et La Ferrassie 8 (nourrisson). Les fouilles modernes (Guérin et al. 2015 ; Balzeau et al. 2020) confirment l'existence d'une fosse anthropique pour La Ferrassie 8.
  • La Chapelle-aux-Saints (Corrèze) — squelette quasi complet d'un homme âgé, position fœtale dans une fosse rectangulaire. Fouilles confirmées par Rendu et al. 2014.
  • Le Moustier (Dordogne) — adolescent (Le Moustier 1) et nourrisson (Le Moustier 2).
  • Kebara (Israël) — squelette adulte sans crâne (probablement prélevé après décomposition partielle).
  • Shanidar (Irak, Kurdistan) — une dizaine d'individus dont Shanidar 1 (homme âgé aux pathologies multiples cicatrisées) et Shanidar 4 (« sépulture aux fleurs », hypothèse de Solecki contestée — les pollens proviennent peut-être de rongeurs).
  • Amud (Israël) — nourrisson avec mâchoire de cervidé.

Sépultures sapiens anciennes

Les plus anciennes sépultures de H. sapiens sont contemporaines ou antérieures à celles des Néandertaliens :

  • Skhul (Israël, mont Carmel, ~ 100 ka) — dix individus, dont Skhul V tenant une mandibule de sanglier.
  • Qafzeh (Israël, ~ 92 ka) — quinze individus, dont Qafzeh 11 (adolescent associé à des bois de cervidé) et Qafzeh 9 et 10 (jeune femme et enfant).
  • Panga ya Saidi (Kenya) — sépulture d'enfant (« Mtoto »), ~ 78 ka. Plus ancienne sépulture sapiens d'Afrique (Martinón-Torres et al. 2021, Nature).
  • Border Cave (Afrique du Sud) — sépulture de nourrisson avec coquillage perforé, ~ 74 ka.

Sépultures gravettiennes

Le Gravettien (33 → 22 ka) marque une généralisation et une élaboration des pratiques funéraires :

  • Sungir (Russie, près de Vladimir, ~ 34–30 ka cal ; attribution culturelle discutée) — quatre sépultures. La sépulture double d'un adolescent et d'un enfant (Sungir 2 et 3), placée tête-bêche, comprend ~ 10 000 perles d'ivoire de mammouth cousues sur les vêtements, des bagues, bracelets et colliers, des sagaies en ivoire de mammouth « redressé », un disque ajouré et un grand bâton en bois de renne.
  • Dolní Věstonice (Moravie, ~ 31 ka cal) — sépulture triple : trois jeunes individus, longtemps décrits comme deux hommes encadrant une femme ; l'ADN ancien indique trois individus de sexe masculin (Mittnik et al. 2016), couverts d'omoplates de mammouth, ocre rouge concentré.
  • Cro-Magnon (Dordogne, ~ 28 ka) — cinq individus avec coquillages percés et perles.
  • Cussac (Dordogne) — sépulture multiple en grotte ornée gravettienne, ~ 25 ka. Six à huit individus déposés dans des bauges d'ours.
  • Paviland (Pays de Galles, ~ 33 ka) — sépulture masculine ocrée (« Red Lady of Paviland », identifiée à tort comme féminine au XIXe siècle).
  • Brno-Francouzská (Moravie) — homme adulte avec une « poupée articulée » en ivoire.

Sépultures magdaléniennes

Les sépultures magdaléniennes sont moins fréquentes que les gravettiennes. Plusieurs cas notables :

  • Saint-Germain-la-Rivière (Gironde, ~ 19 ka cal) — femme jeune avec 71 dents perforées de cerfs.
  • Oberkassel (Allemagne, ~ 14 ka) — sépulture double associée à un chien.
  • El Mirón (Cantabrie, ~ 18,7 ka) — sépulture en grotte (« Red Lady of El Mirón »), squelette ocré.

Sépultures collectives mésolithiques

Le Mésolithique voit l'apparition de cimetières organisés :

  • Téviec, Hoëdic (Bretagne, ~ 6 700 BP) — 23 sépultures avec coquillages percés, andouillers de cerf.
  • Muge (Portugal, Tage) — plus de 300 sépultures.
  • Olenii Ostrov (lac Onega, Russie, ~ 8 000 BP) — 177 tombes.
  • Skateholm (Suède) — sépultures humaines et canines.

Manipulations post-mortem

Plusieurs sites livrent des restes humains présentant des marques de découpe ou de fracturation indépendantes des pratiques funéraires d'inhumation :

  • Goyet (Belgique, néandertalien, ~ 45–40 ka) — restes humains avec marques de boucherie, cannibalisme probable (Rougier et al. 2016).
  • Gough's Cave (Angleterre, magdalénien) — crânes-coupes (calottes crâniennes aménagées), restes décarnisés.
  • El Sidrón (Espagne, néandertalien) — treize individus décarnisés, possible cannibalisme.

L'interprétation oscille entre cannibalisme alimentaire, cannibalisme rituel et préparation funéraire secondaire (excarnation).

Sites de référence

  • La Ferrassie, La Chapelle-aux-Saints, Le Moustier (France) — Néandertal.
  • Skhul, Qafzeh (Israël) — sapiens anciens.
  • Shanidar (Irak) — Néandertal au Levant.
  • Sungir, Kostenki (Russie) — gravettien orné.
  • Dolní Věstonice, Brno (Moravie) — sépultures pavlovianes.
  • Cro-Magnon, Cussac (Dordogne).
  • El Mirón (Cantabrie) — magdalénien.
  • Téviec, Hoëdic, Muge — cimetières mésolithiques.

Questions fréquentes

Quelles sont les plus anciennes sépultures connues ?

Les plus anciennes sépultures intentionnelles largement acceptées datent d'environ 120 000 à 90 000 ans, au Proche-Orient (Skhul et Qafzeh, Homo sapiens). Néandertal enterre aussi ses morts, par exemple à La Ferrassie et à La Chapelle-aux-Saints.

Y avait-il des pratiques funéraires au Paléolithique inférieur ?

Aucune sépulture n'est attestée de façon certaine. L'accumulation d'au moins 28 individus dans le gouffre de la Sima de los Huesos (Espagne, ~ 430 000 ans) et les dépôts d'Homo naledi en Afrique du Sud sont parfois interprétés comme des dépôts volontaires de cadavres, mais cela reste débattu.

Les hommes du Paléolithique avaient-ils une religion ?

On ne connaît pas leurs croyances. Les sépultures avec offrandes et ocre, les parures et l'art des grottes suggèrent des pensées symboliques et peut-être religieuses, sans qu'on puisse en reconstituer le contenu.