Hominidé
Homo erectus
Homo erectus est une espèce humaine éteinte ayant vécu approximativement entre 1,9 millions d'années et 110 000 ans avant le présent. C'est le premier hominidé attesté hors d'Afrique : les sites de Dmanisi (Géorgie) datés de 1,8 Ma marquent sa sortie initiale du continent africain. Producteur des bifaces acheuléens, il est associé à la maîtrise progressive du feu.
Découverte
Le premier fossile attribué à H. erectus est la calotte crânienne de Trinil, découverte en 1891 par le médecin militaire néerlandais Eugène Dubois sur l'île de Java. Dubois la nomme initialement Pithecanthropus erectus (« homme-singe debout ») en 1894. Les découvertes ultérieures à Zhoukoudian (Pékin, années 1920–1930 ; Sinanthropus pekinensis de Davidson Black) sont rattachées à la même espèce sous le nom Homo erectus par Ernst Mayr en 1950.
Anatomie
H. erectus est le premier hominidé pleinement adapté à la bipédie terrestre : longues jambes, hanches étroites, bras de proportions modernes. Sa stature varie entre 1,45 et 1,85 m. Le célèbre squelette KNM-WT 15000 (Turkana Boy ou Nariokotome Boy, Kenya, 1984, ~ 1,5 Ma), un adolescent de ~ 8–11 ans, atteignait déjà 1,60 m et aurait probablement dépassé 1,85 m adulte.
Le crâne est bas, allongé, avec des arcades sourcilières marquées (torus supraorbitaire), un bourrelet occipital et une paroi crânienne épaisse. La capacité crânienne, initialement de ~ 850 cm³ chez les premiers représentants, atteint 1 100–1 200 cm³ chez les formes tardives.
Sortie d'Afrique
Le site de Dmanisi (Géorgie) a livré cinq crânes datés à ~ 1,8 Ma — la plus ancienne présence humaine attestée hors d'Afrique. Les fossiles présentent une variabilité morphologique remarquable : les capacités crâniennes vont de 546 à 730 cm³, certains traits évoquent H. habilis. Cette diversité a relancé le débat sur l'unité spécifique de l'erectus ancien (Lordkipanidze et al. 2013 dans Science).
Les hominidés se diffusent ensuite vers l'Asie du Sud-Est : Sangiran (Java) à partir de ~ 1,5 Ma, Yuanmou (Chine) ~ 1,7 Ma, Nihewan ~ 1,6 Ma. La présence en Europe, plus tardive et plus discutée, est attribuée à des descendants (H. antecessor à Atapuerca, 800 ka). Voir migrations humaines.
Variantes régionales
Plusieurs sous-espèces ou espèces proches sont reconnues :
- H. ergaster — désigne pour certains auteurs les formes africaines précoces (Turkana Boy, KNM-ER 3733). Distinction parfois retenue, parfois fondue dans H. erectus sensu lato.
- H. erectus javanicus — populations de Sangiran à Ngandong (Java), persistant tardivement.
- H. erectus pekinensis — Zhoukoudian (Pékin), 770 → 230 ka.
- H. antecessor — Atapuerca, ~ 800 ka, parfois inclus dans la nébuleuse erectus.
Industrie et technologie
Les erectus africains et eurasiatiques produisent l'acheuléen à partir de 1,76 Ma (Kokiselei, Kenya). Le biface symétrique devient l'outil-type, accompagné de hachereaux et d'éclats. En Asie de l'Est, le biface acheuléen est rare ou absent (« ligne de Movius ») : les industries chinoises et javanaises restent dominées par des outils sur galets.
Maîtrise du feu
Les indices anciens d'utilisation contrôlée du feu sont associés à H. erectus. Wonderwerk (Afrique du Sud, ~ 1 Ma) montre des os brûlés et cendres végétales en grotte profonde — usage probablement anthropique. Gesher Benot Ya'aqov (Israël, ~ 790 ka) livre des amas de bois carbonisés concentrés. Voir maîtrise du feu. La domestication systématique n'apparaît qu'autour de 400 ka, déjà chez des descendants comme H. heidelbergensis.
Persistance tardive
Les fossiles de Ngandong (Java, terrasse de la rivière Solo) ont longtemps été datés entre 50 et 25 ka, faisant d'eux les derniers H. erectus connus. Les datations révisées de Rizal et al. (2020, Nature) placent désormais l'assemblage entre 117 et 108 ka, soit environ 110 ka. Cette longévité de plus de 1,7 Ma fait d'H. erectus l'une des espèces humaines les plus durables.
Mode de vie et alimentation
Les erectus sont des chasseurs-cueilleurs. Les sites de boucherie (Olorgesailie, Kenya) attestent l'exploitation de proies de grande taille. La cuisson au feu, lorsqu'elle apparaît, modifie la digestion et permet selon Richard Wrangham (Catching Fire, 2009) une réduction du tube digestif et une augmentation de l'apport énergétique disponible pour le cerveau. Voir alimentation paléolithique.
Le site de Schöningen (Allemagne, ~ 300 ka), attribué à H. heidelbergensis mais s'inscrivant dans la continuité d'erectus, livre huit lances en bois finement travaillées et associées à des restes de chevaux abattus.
Sites de référence
- Dmanisi (Géorgie) — cinq crânes, 1,8 Ma.
- Koobi Fora, Nariokotome (Kenya, Turkana) — KNM-ER 3733, KNM-WT 15000.
- Olduvai (Tanzanie) — OH 9, ~ 1,2 Ma.
- Sangiran, Trinil, Ngandong (Java) — séquence javanaise.
- Zhoukoudian (Pékin) — Sinanthrope, 770 → 230 ka.
- Olorgesailie (Kenya) — bifaces acheuléens en abondance.
- Atapuerca, Gran Dolina TD6 (Espagne) — H. antecessor, 800 ka.