Industrie lithique

Solutréen

Le Solutréen est une culture du Paléolithique supérieur attestée entre 22 000 et 17 000 ans avant le présent, principalement en France et dans la péninsule Ibérique. Elle tire son nom du site éponyme de Solutré (Saône-et-Loire) et est définie par des pointes lithiques en feuille de laurier ou de saule, obtenues par retouche par pression.

Définition

Le Solutréen est défini en 1869 par Gabriel de Mortillet d'après les fouilles de Henry Testot-Ferry, Adrien Arcelin et Henri Ducrost à Solutré. La culture est caractérisée par la maîtrise exceptionnelle de la taille bifaciale par retouche par pression, qui produit des outils minces et symétriques aux contours réguliers.

Étapes

Le découpage classique distingue quatre phases :

  • Solutréen inférieur (Protosolutréen) — 22 → 21 ka. Pointes à face plane (unifaciales).
  • Solutréen moyen — 21 → 19 ka. Apparition des feuilles de laurier (bifaciales).
  • Solutréen supérieur — 19 → 18 ka. Feuilles de laurier abouties, feuilles de saule (étroites, à pédoncule), pointes à cran.
  • Solutréen final — 18 → 17 ka. Régression progressive vers le Badegoulien.

La retouche par pression

La retouche par pression consiste à détacher de fins éclats à l'aide d'un poinçon en bois ou en bois de cervidé pressé contre le bord, et non plus par percussion. Cette technique permet une régularisation très précise des bords. Le Solutréen est la première culture européenne à la maîtriser à grande échelle. Les feuilles de laurier les plus minces (~ 5 mm d'épaisseur pour 30 cm de long) témoignent d'un savoir-faire exceptionnel — certaines, trop fragiles pour un usage d'arme, ont peut-être eu une fonction d'ostentation.

Aiguille à chas

L'aiguille à chas en os apparaît dans le Solutréen vers 21 ka — précédée à Denisova (Sibérie) par un exemplaire daté à ~ 50 ka. La diffusion européenne au Solutréen marque le développement du vêtement cousu, adaptation indispensable au climat du dernier maximum glaciaire.

Distribution géographique

Le Solutréen est limité au sud-ouest européen :

  • France — Périgord (Laugerie-Haute, Le Fourneau du Diable), Vienne (Laugerie-Basse, La Marche), Yonne, Saône-et-Loire (Solutré).
  • Cantabrie et Asturies (Espagne) — La Riera, El Mirón.
  • Méditerranée espagnole — Parpalló, Volcán del Faro.
  • Portugal — vallée du Côa, Vale do Almonda, Lapa do Picareiro.

Le Solutréen ne s'étend pas au nord de la Loire, ni en Italie, ni en Europe centrale, où l'Épigravettien persiste.

L'hypothèse solutréenne

L'hypothèse solutréenne, proposée par Dennis Stanford et Bruce Bradley dans les années 1990 puis publiée dans Across Atlantic Ice (2012), suggérait un peuplement précoce des Amériques par des Solutréens ayant traversé la banquise nord-atlantique. Cette hypothèse repose sur des similitudes typologiques entre les bifaces solutréens et les pointes Clovis. Elle est aujourd'hui largement rejetée par la communauté scientifique pour plusieurs raisons :

  • Hiatus chronologique de plus de 4 000 ans entre la fin du Solutréen (~ 17 ka) et Clovis (~ 13 ka).
  • Aucune trace solutréenne sur la côte est nord-américaine.
  • L'ADN ancien des premiers Américains (par ex. Anzick-1, Montana, ~ 12,8 ka) montre une ascendance asiatique pure, sans contribution européenne paléolithique.
  • Les similitudes typologiques sont attribuables à une convergence technique indépendante.

Voir migrations humaines.

Art

Le Solutréen comprend de l'art pariétal et mobilier : bas-reliefs sculptés du Roc-de-Sers (Charente), du Fourneau du Diable, plaquettes gravées de Parpalló (Espagne, plus de 5 000 plaquettes), figures de la grotte du Placard. Voir art pariétal.

Sites de référence

  • Solutré (Saône-et-Loire) — site éponyme.
  • Laugerie-Haute (Dordogne) — séquence de référence.
  • Le Fourneau du Diable (Dordogne) — bas-reliefs.
  • Roc-de-Sers (Charente) — frise sculptée.
  • Parpalló (Espagne, Valence) — plaquettes gravées en abondance.
  • El Mirón (Cantabrie) — séquence solutréenne et magdalénienne.
  • Vale do Côa (Portugal) — art rupestre solutréen.