Industrie lithique

Moustérien

Le Moustérien est l'industrie lithique principale du Paléolithique moyen européen, attestée entre 300 000 et 40 000 ans avant le présent. Elle tire son nom du site éponyme du Moustier, en Dordogne, et est associée majoritairement à Néandertal. François Bordes y distingue cinq faciès dans sa thèse de 1961.

Définition

Le terme « moustérien » est introduit par Gabriel de Mortillet en 1869 d'après les outillages du Moustier. L'industrie est définie par le déclin du biface au profit d'outils sur éclats : racloirs (à un ou deux bords retouchés), pointes triangulaires Levallois, denticulés et encoches. Elle correspond au « Mode 3 » de Grahame Clark (débitage prédéterminé sur nucléus préparé).

Le débitage Levallois

Le débitage Levallois, défini par Victor Commont au début du XXe siècle d'après les sites parisiens, est la signature technique du Paléolithique moyen. Il consiste à préparer un nucléus selon une géométrie précise, puis à en détacher un éclat aux dimensions et à la forme prédéterminées. Cette technique implique une planification préalable et une représentation mentale de la pièce finale. Plusieurs variantes existent : Levallois récurrent, préférentiel, à éclat unique.

Les cinq faciès de Bordes

François Bordes, dans sa thèse Typologie du Paléolithique ancien et moyen (1961), distingue cinq faciès moustériens en Europe occidentale, fondés sur les fréquences relatives des outils-types :

  • Moustérien typique — équilibre entre racloirs et autres outils.
  • Charentien type Quina — racloirs épais à retouche écailleuse, ~ 70 % de l'outillage. Faciès froid (MIS 4).
  • Charentien type Ferrassie — racloirs Levallois, débitage Levallois dominant.
  • Moustérien à denticulés — outils à encoches multiples, peu de racloirs.
  • Moustérien de tradition acheuléenne (MTA) — persistance du biface (jusqu'à 8 % de l'outillage). Sous-divisé en MTA-A (bifaces dominants) et MTA-B (couteaux à dos).

Le débat Bordes-Binford

Bordes interprétait ces faciès comme des « tribus » culturelles distinctes circulant indépendamment. À partir de 1966, Lewis et Sally Binford ont contesté cette lecture en proposant une interprétation fonctionnelle : les faciès refléteraient des activités différentes (chasse, boucherie, traitement de peaux) menées sur le même site par les mêmes groupes au fil des saisons. Le débat a structuré l'archéologie préhistorique des années 1960–1980 sans résolution définitive ; les analyses actuelles combinent les deux dimensions, fonctionnelle et culturelle.

Outillage osseux et pigments

Le Moustérien était traditionnellement décrit comme dépourvu d'industrie osseuse façonnée. Les fouilles récentes des sites d'Abri Peyrony et Pech-de-l'Azé I (Soressi et al. 2013) ont révélé des outils en côte de cervidé (lissoirs) attribués à Néandertal, antérieurs à l'arrivée de sapiens. L'utilisation de pigments d'ocre rouge et noir, de plumes et serres d'aigle, de coquillages percés est par ailleurs attestée. Voir vêtements et parures.

Les industries de transition

La fin du Moustérien, en Europe occidentale entre 45 et 40 ka, voit apparaître des industries dites « de transition » mêlant outillage moustérien et techniques laminaires du Paléolithique supérieur :

  • Châtelperronien (France, nord de l'Espagne) — couteaux à dos courbes, lames retouchées. Attribué à Néandertal (Saint-Césaire, grotte du Renne).
  • Uluzzien (Italie) — pointes à dos courbes. Attribution néandertalienne contestée.
  • Lincombien-Ranisien-Jerzmanowicien (Europe du Nord-Ouest) — pointes foliacées.
  • Bohunicien (Europe centrale) — débitage laminaire Levallois.

Sites de référence

  • Le Moustier (Dordogne, Peyzac) — site éponyme.
  • La Ferrassie, Combe-Grenal, Pech-de-l'Azé (Dordogne) — séquences classiques.
  • La Quina (Charente) — faciès Quina.
  • Tabun, Kebara, Amud, Qafzeh (Israël) — Moustérien levantin.
  • Krapina, Vindija (Croatie) — Moustérien centre-européen.
  • Saint-Césaire (Charente-Maritime) — Châtelperronien associé à un Néandertalien.
  • Arcy-sur-Cure, grotte du Renne (Yonne) — Châtelperronien orné.