Vie quotidienne
Chasse et cueillette au Paléolithique
La chasse et la cueillette sont les deux modes de subsistance des sociétés paléolithiques. La part respective de chacune varie considérablement selon les latitudes, les saisons et les périodes. Si la chasse est sur-représentée par les restes archéologiques (préservation différentielle des os), les recherches récentes — notamment celles de Karen Hardy sur l'amidon — montrent que la cueillette occupe une place plus importante qu'on ne le pensait.
Chasse
Stratégies
Les sociétés paléolithiques pratiquent plusieurs stratégies de chasse selon la topographie, le gibier et l'effectif disponible :
- Embuscade aux points de passage obligés (gués, défilés, points d'eau).
- Traque et poursuite du gibier blessé sur de longues distances.
- Rabattage collectif vers un piège naturel (falaise, marais, goulot). La Roche de Solutré a longtemps été interprétée ainsi, hypothèse aujourd'hui remise en cause.
- Piégeage : fosses, trappes, lacets — peu visibles archéologiquement mais probablement répandus.
- Chasse à l'affût sur les axes de migration saisonnière.
Armement
L'évolution de l'armement structure les capacités de chasse :
- Lances en bois — Schöningen (Allemagne, ~ 300 ka). Lances aérodynamiques d'épicéa, longues de 2 mètres, conçues pour le jet.
- Pointes de pierre emmanchées — Moustérien : pointes triangulaires Levallois associées à des résidus de poix de bouleau (emmanchement).
- Sagaies en bois de cervidé — Aurignacien (sagaie à base fendue), gravettien (à pédoncule), magdalénien.
- Propulseur — apparaît au Solutréen, généralisé au Magdalénien. Augmente la portée et la force de pénétration des sagaies.
- Arc et flèches — premières armatures probables au Solutréen, généralisation au Mésolithique. Le site de Stellmoor (Allemagne, ~ 11 ka) a livré une centaine de flèches en pin avec armatures de silex.
Gibier dominant
| Période | Région | Gibier dominant |
|---|---|---|
| Acheuléen | Afrique | antilopes, suidés, équidés |
| Acheuléen tardif | Europe | cheval, cerf, aurochs, éléphant antique |
| Moustérien | Europe occidentale | cerf, renne (selon climat), cheval, bouquetin |
| Aurignacien-Gravettien | Europe centrale | mammouth, renne, cheval |
| Solutréen | Sud-Ouest européen | renne, cheval, bouquetin |
| Magdalénien | Périgord | renne (jusqu'à 90 %) |
| Magdalénien | Cantabrie | bouquetin, cerf |
| Mésolithique | Europe forestière | cerf, sanglier, aurochs, chevreuil |
Pêche
La pêche est attestée dès le Paléolithique moyen mais ne devient massive qu'au Paléolithique supérieur et surtout au Mésolithique. Les ressources marines apparaissent dans les analyses isotopiques (δ13C, δ15N) du collagène osseux. Les harpons en bois de renne magdaléniens (sites cantabriques, La Madeleine) sont efficaces pour le saumon migrateur. Le plus ancien hameçon connu provient de la grotte de Jerimalai (Timor oriental) et est daté à ~ 23 ka.
Les sites mésolithiques de Lepenski Vir (Serbie, Danube) et Téviec/Hoëdic (Bretagne) attestent une pêche très intensive — esturgeons, congres, dorades.
Cueillette
La cueillette est sous-représentée dans les restes archéologiques en raison de la préservation différentielle : les os se conservent, les tubercules et les fruits se décomposent. Plusieurs sources permettent toutefois de la reconstituer :
- Tartre dentaire — analyse des grains d'amidon piégés dans la plaque dentaire fossile. Les travaux de Karen Hardy (notamment Hardy et al. 2012, 2017) ont mis en évidence la consommation régulière de tubercules amylacés par les Néandertaliens (Sidrón, Spy) et les sapiens du Paléolithique supérieur.
- Restes carbonisés — graines, glands, noisettes parfois conservés par carbonisation (Star Carr, Mésolithique).
- Outils de mouture — Ohalo II (Israël, ~ 23 ka) a livré une meule à grains avec des résidus de céréales sauvages, attestant le traitement de l'amidon.
- Coprolithes — fragments végétaux dans les fèces fossilisées.
Plantes consommées
Les plantes documentées au Paléolithique incluent : tubercules (rhizomes de joncs et de typhas — Hardy et al. à Ohalo II), graines de céréales sauvages (orge, blé, avoine sauvages au Levant), légumineuses sauvages, fruits frais et secs, noisettes (omniprésentes dans les sites européens), glands, châtaignes, baies, miel (figuré dans l'art rupestre mésolithique de Bicorp en Espagne, ~ 8 ka), champignons, racines.
Petit gibier et oiseaux
Le petit gibier (lièvre, lapin, oiseaux) est exploité dès le Paléolithique moyen, plus intensivement au Paléolithique supérieur. Les sites de Pinnacle Point (Afrique du Sud) et plusieurs sites cantabriques montrent une exploitation systématique des coquillages marins. Les analyses ornithologiques attestent la consommation de perdrix, lagopèdes, cygnes selon les régions.
Sites de référence
- Schöningen (Allemagne) — lances en bois, ~ 300 ka.
- Olorgesailie (Kenya) — sites de boucherie acheuléens.
- Solutré (Saône-et-Loire) — accumulation de chevaux.
- Pincevent (Seine-et-Marne) — boucherie de rennes magdalénienne.
- Předmostí (Moravie) — abattage massif de mammouths gravettien.
- Ohalo II (Israël) — meule à grains, ~ 23 ka.
- Lepenski Vir, Téviec, Hoëdic — pêche mésolithique.